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Lettre à Papa

Alors que je souris à pleines dents mais les yeux pleins de larmes, mon coeur rempli d’amour mais mon âme remplie de peine j’avance chaque jour, un pied après l’autre, chaque jour recherchant ton esprit, ton sourire, ta chaleur, ta douceur mais surtout ta bravoure.
Les yeux de mon âme scrutent depuis maintenant 21 ans dans chaque personne que je croise en espérant retrouver cette étincelle, ce feu patriotique, cet esprit héroïque dont notre monde a tant besoin.
‪Le 9 avril‬ je fus une victime du destin, un dommage collatéral de la cupidité humaine mais je suis aujourd’hui une rescapée de la vie. Recherchant ma terre, mon coeur, mon âme.
Que reste t-il quand vos espoirs sont détruits ? Quand vos amis d’hier deviennent des étrangers sinon vos ennemis ?
21 ans après je suis un fantôme de la vie recherchant l’Étincelle qui éclairait ma vie. Ton étincelle, ton amour pour ton peuple, ton patriotisme, ton abnégation, ta bravoure.
Un dinosaure marchant dans ce monde de robots, une espèce disparue au milieu de ce monde d’illusions. Je repense au poème de Kipling: « Tu seras un homme mon fils… » tu étais un homme mon père. Et quel homme !
Comment te décrire sinon comme un soleil avec des étoiles dans les yeux et de l’or dans le coeur.
Comment éprouver autant de peine et de chagrin après 21 ans ?
Je ne peux me l’expliquer.
Je regarde les étoiles et je te contemple. Je rends grâce à Dieu d’avoir pu cheminer à tes côtés un instant.
Je me lève chaque matin à demie vivante mais je me regarde dans le miroir et reconnait ton visage dans mes traits. Je te souris et je trouve la force d’avancer dans ce monde vide de sens.
Ce monde d’illusion où je tente de recréer un peu de beauté au travers de mes mains lorsque je recherche la beauté du coeur, la beauté de ton coeur qui a cessé de battre.
En ces temps incertains de l’humanité où un virus invisible nous contraint à rester dans nos maisons et faire face à nous-même, à nos vies vides de sens, face à nos actes. Que reste t-il face à Dieu ?
Nous sommes tous égaux face à la mort, peu importe nos egos…
Que reste t-il après 21 ans de ton absence ? La même douleur insurmontable, le même abysse de ton absence. Je suis face à moi et face à ton absence….
Mais ce message n’est pas une note de désespoir mais plutôt d’espoir car face à moi-même, face à mon reflet, je te vois, je contemple ton sourire et je contemple tes yeux toujours sereins et pleins de détermination et je me relève, prête à faire un pas de plus dans ce monde en essayant de donner le meilleur de moi malgré tout et ce meilleur de moi se reflète dans les yeux de mes filles, tes petites filles… le meilleur de toi est toujours là à mes côtés… dans leurs sourires et lorsqu’elles me prennent dans leurs bras, je sais qu’une part de toi m’accompagne chaque jour.
Car la meilleure partie de moi est ce qui a survécu de toi.
Ne dit-on pas aimer à mourir, eh bien, tu aimais ta patrie à en mourir !

C’est bien pour cela qu’ils ne pouvaient te laisser vivre: une personne désintéressée par l’argent et juste pétrie d’idéaux, d’excellence, d’honneur et d’intégrité…
La preuve… quels exemples nous donnent-t-ils?
Ces dirigeants d’aujourd’hui qui n’étaient rien d’autres que des donneurs de leçons il y a 21 ans. Attisant les haines et les tensions alors que tu ne cherchais qu’à reconstruire ce que d’autres avant toi avaient détruit.
Je n’ai plus de colère, je n’ai que de la tristesse dans laquelle se noie mon cœur année après année.
« Et si… Et si tu étais encore vivant ? » cette phrase qui revient sans cesse dans ma tête, dans mes rêves je te revois nous revenir malgré tout car, même 21 ans après, mon subconscient refuse encore ce que ce monde m’impose: TON ABSENCE.
Et pourtant, la vie continue… le temps passe mais mon coeur reste figé, figé dans la douleur de ce 9 avril 1999. Figé dans l’horreur de l’impossible devenu réalité. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. »… la traversée d’un désert dans lequel je te cherche oh mon père adoré. Année après année, mes cheveux blanchissent, je deviens une femme mûre, je suis mère. Et pourtant, je reste figée dans le coeur d’une enfant meurtrie par la vie.

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